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dimanche 04 juin 2006

Note de synthèse N°3 : la place des blogs dans les ENT

Le mot blog va être beaucoup utilisé dans ce billet : nous somme sur un blog et nous parlons des blogs… Nous contribuons ainsi à une activité habituelle et horripilante de la blogosphère : la contemplation admirative d’elle-même. Prenons-en le parti. 

Le thème des blogs a été le dernier à donner lieu à un débat tout à fait intéressant qui a tiré son origine d’un billet de Yves-Armel Martin à propos des blogs créés par les élèves et les classes des collèges du Rhône sur le site laclasse.com.

Exemple de blogs pédagogiques

Un autre contributeur, Jean-Paul Pinte a publié deux billets sur le même sujet mais dans un contexte différent puisqu’il s’agissait de blogs créés par des étudiants de Mastère.

Les blogs peu reconnus par l’éducation et pourtant …

L’évaluation par les blogs dans le supérieur : une première

 

Pour clarifier la discussion sur la place des blogs dans les ENT, il faut distinguer deux fonctions : une fonction de communication et une fonction pédagogique.

Pour communiquer sur le Web, la solution du blog est aujourd’hui la plus accessible et la plus appréciée. Elle permet à peu de frais d’éditer un site Web avec deux avantages décisifs : une mise à jour des contenus particulièrement facile et des possibilités immédiates d'interactions avec les lecteurs. Dans le contexte scolaire, ces deux avantages sont évidemment très importants.

Mais les blogs ont aussi une fonction pédagogique. C’est elle qui est exploitée dans le contexte des billets cités. Les collégiens créent un blog à l’occasion d’un voyage ou pour présenter les résultats d’un IDD ou de n’importe quelle autre projet collaboratif. L’intérêt pédagogique d’une telle activité est évident. Il l’est d’autant plus que le blog n’est pas une « cerise sur le gâteau » venant couronner une activité pédagogique ordinaire mais qu’il est incorporé dans la démarche pédagogique, ce qui suppose en particulier que le blog soit évalué au même titre que n’importe quelle autre production scolaire (devoir, exposé). Dans les exemples donnés par Jean-Paul Pinte, les blogs sont même présentés comme des outils d’évaluation à part entière. Le blog est l’unique produit résultant de l’activité pédagogique et c’est donc par lui seul que l’activité est évaluée. Un jour peut-être, une épreuve blog au baccalauréat ?

Mais la fonction pédagogique des blogs telle qu’elle est mise en pratique dans les exemples cités peut entrer en conflit avec la fonction de communication du blog, fonction dont celui-ci hérite tout naturellement de ses origines puisque, au départ, un blog, c’est un outil de communication. Ce problème est bien identifié par l’un des commentateurs qui, après avoir visité les blogs de laclasse.com, observe que la plupart d’entre eux sont des friches non exploitées et donc inutiles du point de vue de la communication. Ce à quoi très naturellement, Yves-Armel répond en mettant en évidence la nature pédagogique des dits blogs.

Ce n’est pas tout-à-fait un dialogue de sourds. Les deux fonctions, pédagogique et communicationnelle, ne peuvent pas être absolument séparées. La publication sur le Web a des spécificités qu’il serait vain d’ignorer dès lors que l’on se trouve en contexte pédagogique. Au contraire même, les pédagogues ont intérêt à l’exploiter pour renforcer l’efficacité pédagogique des activités qu’ils proposent à leurs élèves. De ce point de vue, le commentateur du billet de Yves-Armel (un visiteur venu d’ailleurs) a raison.

Mais les "communicants" ne doivent pas pour autant ignorer que l’essentiel du bénéfice d'une activité pédagogique n’est pas dans le résultat mais dans le processus. Le blog, en tant qu’objet communicant, peut être raté, mais la démarche pédagogique dont il est le résultat a pu être très efficace. En pédagogie, ce n’est pas le résultat comme objet qui compte, mais les effets cognitifs de l’activité sur le sujet. Comme le dit joliment François Lombard, c’est comme une bonne bouteille de Bordeaux : ce n’est pas le vin ni la bouteille qui comptent mais l’effet que le vin produit en « passant à travers » l’organisme.

Si l’on oublie ni l’un (un blog est un outil de communication), ni l’autre (un ENT est un espace à vocation pédagogique), alors on pourra se convaincre que dans les futurs ENT, la place des blogs pourrait être très importante, centrale même dans le sens fort du terme. J’en veux pour preuve le fait que beaucoup des ENT que les établissements se créent de façon indépendante, en dehors des grands projets régionaux, ressemblent à s’y méprendre à des blogs. Pour illustrer cette thèse, on pourra se référer à l’ENT du collège des Ourmes à Rennes qui ressemble fort à un blog ou au blog du collège Montaigne de Goussainville qui ressemble fort à un ENT.

 

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Voici les sites qui parlent de Note de synthèse N°3 : la place des blogs dans les ENT:

Commentaires

Répertoire de Blogues éducatifs francophones
Pas tous, mais une cinquantaine déjà...

http://thot.cursus.edu/rubrique.asp?no=23434

Le blog, historiquement, tu as raison de le rappeler, n'est pas un "objet" pédagogique. Dans sa "forme" originelle, il était d'ailleurs assez peu séduisant et peu accessible : simple page en HTML.

Aussi horripilante que puisse paraître la "contemplation admirative" que la blogosphère a d'elle-même, ce retour sur soi qui est à l'origine des premiers blogs est pourtant une fonction fondamentale du langage.

Cette "contemplation" béate que tu pointes Serge n'est qu'un grossissement, un effet loupe ou déformant de l'effet miroir du diarisme : Celui qui parle de lui-même installe l'autre en soi et par là se saisit de lui-même, se confronte s'instaure tel qu'il aspire à être, et finalement s'historise en cette histoire incomplète ou falsifiée.

Le langage est donc ici utilisé comme la parole, converti en cette expression de la subjectivité instante et élusive qui forme la condition même du dialogue.

Ce qui est central dans l'utilisation des blogs en milieu scolaire, ce n'est pas tant la fonction de communication, c'est bien davantage cette parole qu'elle permet, cette vision du monde qu'elle libère – le "sujet" qui s'expose : Quelqu'un qui parle est quelqu'un qui se risque à sortir de soi c'est-à-dire à exister.

Le blog, de ce point de vue, est une expérience extrêmement intéressante : il coïncide, à l'école, avec l'apprentissage du langage et contribue, sur le mode de l'écrit, à introduire l'enfant un peu plus encore comme individu dans la société.

Les blogueurs qui s'admirent bloguant parmi d'autres blogueurs sont d'autant plus horripilants qu'ils sont, par ailleurs, c'est-à-dire indépendamment de leur activité blogueuse, des personnes horripilantes.
Ce qui n'est généralement et heureusement pas le cas de nos élèves.

Ma remarque était donc injuste, je le concède bien volontiers.

Je suis très intéressé par ton analyse. Et intuitivement en plein accord avec elle. Et davantage encore mais moins intuitivement dès que tu m'auras éclairé sur la "subjectivité instante et élusive".

Merci d'avance.

Mille excuses pour mon "verbiage"... Alors je m'explique.

Le blogueur, sur le mode de l'écrit, se déclare locuteur et, pour aussi banal qu'il paraisse, cet acte l'introduit comme paramètre des conditions nécessaires de ce qu'il énonce.

L'instanciation, c'est l'ensemble des "petits" actes "discrets" qui font l'actualité de notre locuteur-blogueur.

Explicitement ou implicitement, notre blogueur (en assumant cette prise de "parole") implante l'autre en face de lui. Quel que soit le degré de présence de cet autre, l'expression d'un certain rapport au monde est toujours une prise de risque qui, par contraste, est aussi une épreuve pour la conscience de soi.

Et, à moins de faire preuve d'une naïveté toute "clinique", si le blogueur se révèle dans une "divagation" relativement "libre" c'est qu'il se censure, il élude...

D'où l'emploi de l'expression, certes un peu "barbare", "subjectivité instante et élusive".

On pourrait réduire cette idée à une formule célèbre de Rimbaud... Bien que notre blogueur ne soit pas (toujours) "génial" (pour faire référence à la discussion avec Y. A. Martin), il a au moins le mérite d'apporter (après tri, choix, etc.) quelque chose à lire, voir, écouter... aux autres et n'est pas que cela !


J'espère t'avoir répondu...

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