L’ENT entretient avec la question pédagogique des rapports
ambigus. On peut considérer que la pédagogie est centrale dans la problématique
ENT ou au contraire, que l’ENT est une tentative de contournement, par
plongement de la question pédagogique dans un ensemble plus vaste incluant
l’ensemble des usages, pédagogiques, administratifs, techniques,
communicationels, etc. des TIC au sein de la communauté éducative (enseignants,
élèves, familles, personnels non enseignants des écoles, collèges, lycées et
universités, partenaires extérieurs). En d’autres termes, l’ENT peut être perçu
soit comme un approfondissement du E des TICE soit au contraire comme une
tentative d’élimination.
A vrai dire, cette tension n’est pas véritablement présente
dans les débats qui ont animé le blog. Mais c’est sans doute parce que la
quasi-totalité des intervenants et la majorité des commentateurs sont des
enseignants et qu’ils placent spontanément la question pédagogique au centre de
leur préoccupation. Mais il faut garder à l’esprit que la tension évoquée
ci-dessus apparaît dès que d’autres acteurs et d’autres profils d’utilisateurs
interviennent dans un projet d’ENT.
J’ai retenu 5 questions que je présente brièvement en y
ajoutant les liens vers des billets où chacune d’elle apparaît. La dernière
question est un peu particulière car elle n’est en réalité pas apparue dans
notre débat (sauf oubli de ma part) alors qu’elle me semble importante et
qu’elle est toujours en première ligne dans les projets ENT en cours. Il m’a
donc semblé intéressant de l’introduire afin que nous puissions au moins nous
interroger sur les raisons de cette absence.
Adhésion des élèves et adhésion des enseignants
Les enseignants pensent ou constatent que les élèves et les
étudiants sont prêts à adhérer à l’ENT et à y participer plus vite et en
beaucoup plus grand nombre que les enseignants eux-mêmes. Effet de génération
et de familiarité avec les TIC d’abord mais, au-delà , une adhésion plus forte
chez les élèves et les étudiants que chez les enseignants aux fonctionnalités
proposées dans les ENT. Cette bonne volonté et cet appétit initial sont
évidemment « refroidis » par ce qui est perçu comme un manque
d’enthousiasme des enseignants ou, plus précisément, par de grands contrastes
entre un petit groupe d’enseignants qui s’engagent et d’autres qui ne le font pas et expriment des
réticences. Ces contrastes entre les deux groupes et au sein du groupe des
enseignants sont reportés de diverses façons dans plusieurs billets.
ENT : plus facile de convaincre les élèves que les
professeurs
Billet d’humeur
Ce que veulent les utilisateurs
Echange de mails entre les profs et les élèves
On sait que les échanges par mail sont de plus en plus
fréquents entre les enseignants, intra et inter-établissements. On sait aussi
que les collégiens et les lycéens pratiquent de façon intensive la messagerie
instantanée entre eux, de préférence au sein du groupe des amis proches,
parfois au-delà . Mais entre profs et élèves, les échanges interpersonnels
directs par mail sont beaucoup plus rares. La crainte de dérapages souvent
opposée à cette nouvelle forme de communication par les enseignants qui ne la
pratiquent pas n’est pas justifiée. On a là un cas particulier du phénomène
général évoqué plus haut : des élèves prêts à jouer le jeu de l’ENT face Ã
des enseignants réservés et divisés. Pour sortir de cette situation, plusieurs billets
évoquent l’idée d’une « messagerie de groupe » permettant de
pratiquer la communication électronique interpersonnelle dans le cadre d’un
projet collectif limité dans le temps et dans ses contenus.
ENT au collège
Une année qui commence bien
Rester en contact avec d’anciens élèves
Le travail personnel des élèves
L’un des objectifs principaux de l’ENT est lié à ce que l’on
peut appeler la « continuité pédagogique », c’est-à -dire, le maintien
de la relation pédagogique au-delà du temps et de l’espace de la classe.
Traditionnellement incarnée dans les supports de cours (cahier de classe,
manuel, polycopié), ce lien est enrichi, grâce à l’ENT, par des ressources en
ligne accessibles au domicile ou dans des espaces publics de travail, dans
l’établissement ou en dehors, mais aussi grâce aux moyens de communication
interpersonnels (mails, chats, forums).
Lorsqu’ils traitent de cette question, les contributeurs du
blog mettent l’accent sur les ressources, celles des éditeurs, mais également
celles produites par les enseignants avec des logiciels de création d’exercices
interactifs, ou encore des sélections de ressources pédagogiques en ligne.
C’est effectivement une voie importante, nous y reviendrons lorsque nous
traiterons des ressources. Mais ce n’est pas tout. La principale difficulté
pour le travail personnel, nous le savons tous, c’est la motivation et
l’autonomie. De ce point de vue (stimulation de la motivation, développement de
l’autonomie), les projets coopératifs dans lesquels chacun doit prendre sa part
sont particulièrement intéressants. Ils font sortir le travail personnel de
l’élève de son cadre strictement individuel, ce qui permet parfois de dépasser
certains blocages, psychologiques notamment.
ENT et travail personnel de l’élève
L’ENT concrètement
Intervention d’acteurs extérieurs
Autre effet de l’ENT, l’intrusion d’acteurs extérieurs Ã
l’école dans la relation pédagogique. De tous temps, les enseignants, à tous
les niveaux, du primaire au supérieur, ont invité des personnalités extérieures
à intervenir dans la classe ou l’amphithéâtre. L’ENT facilite de telles
pratiques mais en leur donnant des formes variées. Tant que ces interventions
se maintiennent sur l’ENT, elles restent intangibles : on échange des
mails avec des étudiants voyageurs, on les voit en photos, en vidéos, on entend
leurs voix. Mais bien sûr, ces échanges immatériels sont appelés à déboucher
sur d’autres, plus physiques : échanges d’objets, visites sur place des
partenaires avec lesquels on a travaillé à distance ou déplacement chez eux.
Il s’agit là de pratiques pédagogiques délicates qui
réclament des enseignants motivés et expérimentés qui doivent être capables de
gérer ces multiples intrusions dans la relation pédagogique, tout en conservant
la cohérence des apprentissages. L’ENT multiplie les occasions et les modalités
de telles pratiques ; il n’en annule pas les difficultés mais leur fournit
un cadre et des instruments mais aussi, ce qui est peut-être le plus précieux,
un moyen pour consolider les expériences.
Etudiants voyageurs
Ouvrir la classe sur l’extérieur
Une question absente
La question absente est celle des notes. C’est un élément de
la relation pédagogique dont il serait absurde de nier l’importance. L’ENT
facilite pour l’essentiel la communication des notes aux élèves et à leurs
familles. Les enseignants, les élèves et les parents que nous interrogeons sur
cette question dans le cadre d’un projet régional sont partagés et généralement
conscients des inconvénients d’une transparence absolue. Les collégiens et les
lycéens en particulier nous sont apparus soucieux de préserver une séparation
entre leurs enseignants et leurs parents. En principe, les notes devraient
demeurer au sein de l’espace pédagogique, invisibles de l’extérieur et n’en
sortir qu’à des moments définis à l’avance, à la fin de chaque trimestre. Mais
les choses ne sont pas si simples : les enseignants trouvent généralement
normal que les notes qu’ils donnent aux élèves soient aussitôt communiquées aux
familles. Mais l’idée d’une mise en ligne systématique sur un ENT les gêne… Les
raisons de fond sur lesquelles s’appuient leurs réticences ne sont pas faciles
à identifier, d’autant qu’elles sont en partie partagées par les familles et
par les élèves.
Faut-il ouvrir ce thème de discussion ?
Synthèse très claire, merci. Mais il y a un point dans l'intro que je ne comprends pas (peut-être parce que je ne suis pas enseignant mais consultant). Pourquoi y-aurait-il tension ?
Revenons à la définition d'un ENT: l'objectif est de fournir à chaque acteur de la communauté éducative un point d'accès unifié à l'ensemble des outils, contenus et services numériques en rapport avec son activité.
Par définition, un ENT est pluriel quant à ses acteurs.
Un ENT n'est-il pas plutôt un contenant et non un contenu ? Ne se comporte-il pas comme un BOUQUET DE SERVICES ? La seule obligation, ces services doivent être interopérables, c'est le fondement même.
Quand au reste (vos autres points), c'est à dire le plus important, n'est-ce-pas affaire d'usage ? Donc de travail du Groupe de Pilotage et d'évaluation des expérimentations.
Au plaisir.
Rédigé par: Jean-Paul Droz | le lundi 22 mai 2006 à 14h49
Certes, l'ENT est un bouquet, mais c'est un bouquet organisé, structuré, avec des choix de fonctions et des hiérarchies entre celles qui sont présentes. Au risque de simplifier un peu, je dirais que certains ENT sont très centrés sur les fonctions pédagogiques (travail collaboratif notamment), ce qui peut entraîner une certaine marginalisation voire même une absence de fonctions non directement pédagogiques (espace d'expression des parents par exemple). J'ai des exemples en tête bien sûr mais j'hésite à les citer parce que, en général, les ENT se prétendent tous complets et bien équilibrés.
Rédigé par: Serge Pouts-Lajus | le mardi 23 mai 2006 à 10h19
J'ai une vue légèrement différente dans la mesure ou pour moi un ENT est un contenant qui accepte des contenus interopérables.
L'enjeu est dans l'interopérabilité.
Certe il est vrai que certains éditeurs essaient de vendre leur vision intégrée, mais à mes yeux c'est une erreur car les services à venir sont innombrables.
Il est à noter, que récemment un éditeur d'ENT a fondu les plombs parce que son socle était trop loin du SDET et il fallait carrément le redévelopper avec d'autres technologies.
Rédigé par: Jean-Paul Droz | le mardi 23 mai 2006 à 21h32
"La question absente est celle des notes..."
Au delà de l'aspect technique parfaitement maîtrisé, la question est pourtant posée et le sera de plus en plus : en effet, avec la possibilité de "tracer" l'activité des élèves sur la plate-forme pédagogique, il faudra nécessairement intégrer cette dimension dans l'évaluation globale de l'élève.
Il faudra surtout éviter une approche de type "sanction", telle que redoutée par les élèves, ou ponctuelle (une fois par trimestre). Mais plutôt envisager une évaluation qui permet à l'élève "en temps réel" de se situer dans le parcours pédagogique disciplinaire, dans et hors de l'ENT.
En ce sens, l'évaluation de type "pourcentage" qui augmente progressivement (telle qu'elle peut se trouver dans des LMS comme moodle) me paraît tout à fait pertinente, mais conduit nécessairement l'enseignant à ... évaluer sa propre vision de l'évaluation, voire à la transformer en profondeur (j'en suis à ce stade.... ;-(( ).
Sans compter la mise en adéquation de ce qui devient un "indicateur" plus qu'une évaluation, avec la structure d'évaluation globale de l'EN (bulletin trimestriel, examen..)
Rédigé par: sauvade | le mercredi 24 mai 2006 à 17h13
IL est important d'avoir un gestionnaire de compétences pour le primaire pour évaluer. ( Obligation d'avoir un livret de compétences - Cf la loi d'orientation).
Un gestionnaire de notes .... accompagné d'un gestionnaire de compétences ....pour les ENT des écoles serait important.
Le gestionnaire de compétences doit être formulé pour l'élève en termes compréhensibles. L'élève soit pouvoir s'évaluer et faire le point sur ses progrès.
Rédigé par: Drechsler | le mercredi 31 mai 2006 à 08h21
La question des notes qui est soulevée ici (ou plutôt celle de l'accès des parents à l'évaluation en temps réel) peut être étendue à un ensemble d'autres questions :
- les parents doivent-ils avoir accès en temps réel au cahier de textes, notamment à la partie du cahier qui consigne le travail à fournir) ?
- les parents doivent-ils avoir accès directement à l'enseignant par l'intermédiaire d'une adresse électronique ?
- doit-on faciliter une intervention parentale directe sur les contenus de la formation ?
- ...
En d'autres mots, l'ENT peut-il, doit-il être un espace complètement ouvert à tous les acteurs de la relation éducative et pédagogique ? Il me semble que la réponse ne peut pas être la même dans tous le cycles d'enseignement.
La relation pédagogique se construit et fonctionne grâce au déplacement qu'elle opère, pour ce qui est des contenus et des enjeux de l'apprentissage, sur la relation intra-familiale. Quelquefois elle s'établit dans l'opposition à la famille.
Par ailleurs, on peut constater parfois que l'espace "école", par le biais des règles, des notes, des relations, des attitudes, est utilisé par l'élève pour signifier quelque chose de lui-même, de son évolution, de ses découvertes, de ses convictions. Il peut le faire, de manière consciente ou inconsciente, grâce au décalage dans le temps qui existe entre ses actes et leur communication à sa famille. La communication peut alors devenir bilan, explication, interprétation avec une parole extérieure : celle de l'enseignant.
Je crois que la fermeture partielle de l'espace école (donc de l'ENT) est importante pour beaucoup d'élèves. Y renoncer les devrait en conduire certains à trouver un espace réellement sécurisé (celui du cabinet du psychothérapeute peut-être) alors que l'école peut tout à fait tenir son rôle. Est-on sûr que tous trouveront un tel espace, numérique ou non ?
Rédigé par: Jean-Michel Boucart | le mercredi 31 mai 2006 à 11h50
Je souscris tout à fait à votre analyse. L'école ne doit être ni sanctuarisé ni ouverte à tous les vents. Pas d'autre choix donc que celui de la nuance. Ecouter les principaux intéressés, ce qu'ils en disent, ce qu'ils veulent faire bouger.
Contrairement à ce que l'on dit, les TIC sont ici d'une absolue neutralité, aussi aptes à maintenir l'ENT enfermé dans sa bulle scolaire (Login, PW) qu'à l'ouvrir au grand large. Assez logiquement, ceux qui sont à l'intérieur, les profs les élèves (oui, les élèves aussi...) sont plutôt favorables à la fermeture, à la barrière. Ceux qui se situent plutôt à l'extérieur, les familles, ont une demande inverse. Logique. Négocier donc, s'écouter certainement. Je crois que c'est possible (et assez nouveau) et que l'ENT est une bonne façon de le faire à partir d'un lieu inattendu, un peu décalé.
Rédigé par: Serge Pouts-Lajus | le vendredi 02 juin 2006 à 19h05
Bravo pour votre travail.
Il y a un problème sur le lien vers "Ouvrir la classe sur l’extérieur" dans la partie "Intervention d'acteurs extérieurs"
Rédigé par: Fabrice Darrigrand | le dimanche 11 juin 2006 à 12h45
C'est réparé, merci.
Rédigé par: Serge Pouts-Lajus | le dimanche 11 juin 2006 à 15h07