Note de synthèse N°2 : La place des ressources dans les ENT
L’ENT est, dans sa structure, une coquille vide, un contenant sans contenu. Il ne le reste évidemment pas longtemps : le premier utilisateur commence à le remplir, par sa seule présence d’abord, ensuite par le premier message qu’il y poste ou le premier document qu’il y dépose. Mais qu’est-ce qui attire ce premier visiteur dans cet endroit vide ? On ne peut s’empêcher de penser aux salles de bal. Lorsque le premier client arrive, la salle est vide. Il décide d’attendre pour éviter de se trouver seul sur le parquet. Mais si tous les clients qui se présentent après lui raisonnaient de la même façon, la salle ne se remplirait jamais... Or, on sait que les salles de bal finissent toujours (enfin presque…) par se remplir. Par ailleurs, ce qui fait la qualité d’un bal, ce n’est pas seulement le nombre et la qualité des danseurs, c’est aussi la musique, les ressources donc….
Les échanges qui ont animé le blog à propos des ressources tournent autour de deux thèmes. D’abord et principalement, celui de l’indexation. C’est un sujet que l’on aborde en général par son versant technologique, les normes et les protocoles d’indexation, mais très vite, les questions d’usage et même de marché affleurent. Le deuxième sujet est celui des sources de production et de diffusion où l’on retrouve une alternative devenue classique entre les ressources éditées et commercialisées et les ressources s mutualisées et libres.
Indexation
La plupart des contributions sur ce thème proviennent de Pierre Mathieu, instituteur en Corrèze et responsable du projet C@jou. On retrouve dans les billets postés par Pierre et surtout dans les discussions auxquelles ils ont donné lieu, les deux dimensions, technologique et pédagogique, de l’indexation. Les solutions basées sur des normes et des standards reconnus (LOM, Dublincore, XML, etc.) posent des problèmes pratiques importants puisqu’elles supposent des moyens et des compétences chez les créateurs et les utilisateurs. Mais les intervenants sont unanimes pour penser que l’indexation est nécessaire et utile.
On leur oppose cependant une solution alternative reposant
sur ce que l’on appelle les tags, c’est-à-dire les mots-clés que les
créateurs (ou éventuellement les utilisateurs) affectent spontanément aux
ressources qu’ils déposent (ou qu’ils utilisent). La première voie s’inscrit
dans la tradition de la pratique documentaire, dans le monde de l’imprimé mais
aussi du numérique. La seconde émerge des pratiques nées de la diffusion du Web.
Au principe de taxonomie standardisée, elle oppose une approche nouvelle
que l’on appelle, depuis 2004, folksonomie (francisation du terme
d’origine folksonomy) ce qui reflète bien son caractère populaire et
spontané, dont certains pensent qu’il dissimule un gentil foutoir anarchique…
Le débat entre taxonomie et folksonomie est particulièrement
nourri au sein du projet d’évolution du Web appelé Web2.0. Il n’est pas
certain que les deux approches soient incompatibles. Mais entre les partisans
de l’une ou de l’autre de ces deux voies, le débat est souvent vif (voir par
exemple sur Internet actu).
Il ne l’a pas été sur notre blog où une majorité d’intervenants ont semblé
favorables aux solutions normalisées.
Ressources : le (futur) bazar ?
Edition et mutualisation
Qui produit les ressources et comment celles-ci sont-elles distribuées ? La question se pose depuis les débuts de l’informatique pédagogique. Au cours des années, les modèles de production et les procédures de distribution se sont diversifiées et enrichies. Le modèle éditorial et commercial classique a cherché à s’adapter à l’environnement numérique mais il a beaucoup souffert du développement du réseau et du succès des pratiques de mutualisation, de la diffusion gratuite et du succès du logiciel libre. Les éditeurs de ressources et en particulier les éditeurs scolaires n’ont évidemment pas dit leur dernier mot. Certains d’entre eux se sont d’ailleurs activement engagés dans la création de ce blog. Nous avons dit plus haut que la question des ressources est importante dans les ENT. Elle l’est peut-être autant que la musique au bal ; la musique ne fait pas tout, mais elle compte pour beaucoup dans le succès de la fête… Les différentes modalités de production et de diffusion de ressources (édition commerciale, libre, mutualisation, etc.) peuvent cohabiter sur un même ENT. Sur le plan technique en tous cas, rien ne s’y oppose.
La question délicate concernant les ressources et qui n’a
pas été abordée frontalement dans le blog est celle des usages. On regrette
parfois que les enseignants utilisent aujourd'hui insuffisamment les ressources mises à leur
disposition, via les ENT, des bouquets comme le CNS ou le KNE, des sites comme Sesamath.
Peut-on être certain que l’indexation systématique des ressources serait de
nature à faire évoluer les usages dans le bon sens ?
Développer une brique mathématique des ENT pour le secondaire
Trouver des ressources pour enseigner (voir en particulier les commentaires)



Je me permettrai d'exprimer une certaine déception en rapport avec ce thème. Vu son importance, il me semble qu'il était indispensable de faire en sorte qu'il soit abordé sérieusement au cours de l'année. Il aurait donc été souhaitable d'en faire l'objet d'une animation particulièrement vigoureuse.
Je ne suis pas convaincu, par exemple, que « le modèle éditorial et commercial classique [...] a beaucoup souffert du développement du réseau ». Bien sûr, les éditeurs sont toujours en cours d'adaptation devant tous les bouleversements que cela implique, mais je pense qu'ils arriveront à s'en faire aussi une force. Je pense même qu'il sera possible « tirer profit » des « pratiques de mutualisation ». Il est un peu plus difficile de concilier « le modèle éditorial classique » avec « la diffusion gratuite », c'est vrai, mais pas forcément en opposition avec « le succès du logiciel libre ». Il aurait été intéressant d'en débattre.
Il me semble, par ailleurs, qu'il aurait été plus facile d'aborder ces questions, et de progresser ensemble dans la compréhension des enjeux, si nous avions favorisé/valorisé davantage les échanges entre tous les acteurs de la dynamique ENT, notamment en permettant aux partenaires du sites (éditeurs, notamment) de contribuer au blog autrement que par des commentaires — en leur permettant d'initier des sujets, de soulever des questions, d'expliquer leurs points de vue. Je comprends le raisonnement qui a mené les responsables à prendre la décision inverse, mais je pense que globalement, nous y avons collectivement perdu. Je ne crois pas qu'il y aurait eu surabondance de participation ou dérive publicitaire de ce blog: il faut faire davantage confiance à la force de la communauté et présumer qu'elle peut gérer les hypothétiques excès.
Je souligne en terminant que je ne comprends pas cette phrase du second texte de synthèse:
« On regrette parfois que les enseignants utilisent aujourd’hui les ressources mises à leur disposition, via les ENT, des bouquets comme le CNS ou le KNE, des sites comme Sesamath. »
On peut m'expliquer?
Clément Laberge
Directeur des développements numériques pour l'éducation
Éditis
Rédigé par: Clément Laberge | le lundi 29 mai 2006 à 07h13
j'avais lu : "n'utilisent pas assez"
c'est probablement une erreur de frappe
Rédigé par: Mathieu Pierre | le lundi 29 mai 2006 à 09h19
Cette phrase était effectivement un peu difficile à comprendre parce qu'il lui manque un mot. Je l'ai ajouté. Il faut donc lire: on regrette parfois que les enseignants utilisent aujourd'hui insuffisamment les ressources...
C'est une chose que j'entends dire souvent, et de la bouche même des éditeurs, mais aussi des chefs d'établissement, des responsables académiques. Nous en avions interrogés plusieurs en 2004 dans le cadre d'une étude sur la marque RIP.
ftp://trf.education.gouv.fr/pub/educnet/chrgt/RIP-rapport.doc
Il est possible que ce constat ne corresponde pas ou plus à la réalité. Nous sommes justement là pour en discuter.
En ce qui concerne les règles de fonctionnement du blog, nous avons fixé des règles qui privilégiaient les témoignages d'usagers de terrain. Cela devait permettre, entre autres, de se faire une idée de l'importance relative des différentes thématiques de l'ENT, non pas du point de vue des acteurs institutionnels mais de celui des usagers. Ce but a-t-il été atteint ? Nous n'avons ici qu'une indication à laquelle on peut opposer d'autres points de vue, c'est bien le moment.
C'est aussi le moment de s'interroger, dans l'hypothèse où le blog se poursuivrait l'an prochain, sur ses règles de fonctionnement. Celles que nous avions choisies présentent à l'évidence des inconvénients. Clément en pointe un. Il doit y en avoir d'autres.
Rédigé par: Serge Pouts-Lajus | le lundi 29 mai 2006 à 09h20
Merci pour la précision. Je comprends mieux... et partage tout à fait le constat (à regrets, évidemment!).
Cela me semble être un enjeu absolument fondamental pour les prochains mois.
L'indexation des ressources, bien qu'essentielle, ne m'apparaît par ailleurs pas être, dans ce contexte, une panacée.
Rédigé par: Clément Laberge | le lundi 29 mai 2006 à 11h36
Pour ce qui est de l'utilisation des ressources en lignes ou par le CNS ou le KNE pour ne citer qu'eux, il faut je pense se rappeler que nous parlons tous de la même chose, car nous y sommes coutumiers. J’entends par là, qu’un grand nombre de mes collègues sur le terrain ignorent totalement l'existence de ces ressources, et pour ce qui est des produits RIP, ou des ressources proposées par les IPR sous formes de CD, reçus en début d'années, c'est le même problème. Le problème vient de la faible proportion d'enseignant qui utilise l'outil informatique, et ces ressources, net ou logiciels, du moins si j'en crois mon expérience au sein de mon établissement, ou le nombre de visiteurs "profs" dans les salons TICE que j'ai pu fréquenter. Loin de moi de faire un tableau négatif du corps enseignant, bien au contraire, mais l'effort doit être fait je pense et je me répète sur la formation à cet outils, et la "banalisation" de son utilisation. La ressource papier reste un réflexe pour beaucoup, d'ailleurs il n'est pas rare d'entendre les profs nous dire "mais l'informatique ne développe que l'art du copier coller"...
Ainsi je ne suis pas surpris que ces ressources ne soient pas "des plus" exploitées, n’avons-nous pas mis la charrette avant les boeufs, en proposant beaucoup de ressources à des enseignants qui n’étaient pas former à leur utilisation et à l’informatique ? De plus pour parler des ressources en ligne, quelle est la proportion des profs qui ont un accès net à leur domicile et de surcroît le haut débit ? Nombreux n’ont accès au net qu’à leur établissement, ce qui ne facilite pas l’utilisation de ces ressources dans la préparation du cours. De plus, et je vais conclure avec toutes ces questions, combien ont un PC ou un portable dans leur salle de classe avec bien sûr un vidéo projecteur ? Sans qui l’utilisation des ressources s’avère impossible ?
Cordialement
Rédigé par: fabien Crégut | le lundi 29 mai 2006 à 12h34
Au sujet des ressources numériques insuffisamment utilisées, nous testons depuis 3 années des ressources numériques (CNS, KNE, TICEO du CRDP Bretagne) et ce n'est pas si simple que celà. Il y bien sûr les freins que constituent le manque de formation, l'absence de matériel (PC et Vidéo Projecteur dans la classe). Il y a aussi le fait que les ressources ne sont pas toujours en adéquation avec le programme enseigné (cas d'un manuel numérique testé en SVT).
Cette année scolaire, l'utilisation d'un manuel numérique d'Histoire-Géographie est jugé assez positive mais les conditions matérielles ont aidé : PC fixe pour l'enseignant avec un vidéo-projecteur, portable prêté aux élèves de 3ème. Mais celà ne s'est pas fait sans mal : bande passante Internet insuffisante, vidéos bloquées sur les portables, etc ...
Et le contenu du manuel n'est pas jugé assez approfondi par les enseignants mais qui ne veulent absolument revenir au manuel papier : le PC et le vidéo-projecteur apportent un plus indiscutable dans le cours.
Rédigé par: Philippe BERNIER | le lundi 29 mai 2006 à 19h21
Je travaille également avec portable et vidéo projecteur avec mon site comme support et divers logiciel, ceux ci apportent indéniablement un plus dans la construction des connaissances.
Rédigé par: Fabien crégut | le lundi 29 mai 2006 à 20h36
Sur cette question des contenus et de l'ENT nous avons pas mal travaillé mais, désolé, je n'ai pas eu le temps de poster de billet sur le sujet. A vrai dire nous avons commencé notre ENT en 1998 en le voyant d'abord comme un moyen d'accès à des ressources pédagogiques en ligne. Les retours d'usages nous ont confirmé que c'était une mauvaise piste et que les enseignants voulaient d'abord publier, communiquer et en dernier consulter des ressources.
Nous avons douloureusement essayé d'intégrer des ressources d'éditeurs dans laclasse.com. Finalement cette année grâce au rôle fédérateur de bouquets nous avons pu intégrer pas mal de ressources par nos accords avec CNS et KNE. Cela n'a pas forcément été simple et encore faut-il savoir de quelle intégration on parle. Pour l'instant il s'agit d'une intégration de l'authentification commune : quand je m'identifie sur laclasse.com, si j'ai droit par mon établissement à des ressources CNS ou KNE, leurs icones s'affichent dans laclasse et je peux y accèder d'un clic sans avoir à me réauthentifier. C'est une intégration de base, qui pose déjà des problèmes d'échanges entre nos outils de gestions des utilisateurs et ceux de ces plateformes, mais on est encore loin de l'idéal : il faudrait pouvoir ajouter ces ressources au gestionnaire de documents de l'ENT, il faudrait les faire apparaitre en retour des recherches sur le moteur de recherche, il faudrait que les résultats des élèves (quand il y a des modules d'exercices ou d'évaluation) remontent dans les tableaux de bords de mes classes. Et là, cela devient inextricable et beaucoup trop coûteux techniquement à intégrer.
Surtout quand on évalue les usages... C'est ça l'intérêt de l'intégration à l'ENT : on peut savoir exactement quel usage quantitatif est fait de ces ressources. Ceci permet de piloter les politiques d'acquisition de ces ressources au niveau d'un département mais aussi au niveau de chaque établissement. Nous avons mis en place un mini porte-monnaie électronique, qui permet au gestionnaire d'établissement d'affecter des crédits à l'achat de ressources. En fin d'année, il sait ce que cela lui a coûté et l'usage véritable qui en a été fait ...
Pour l'instant, nos premières statistiques invitent à la prudence ...
Yam
Rédigé par: Yves-Armel Martin | le mercredi 14 juin 2006 à 13h29