Effets de bords de projets autour de l'ENT
En juin dernier un tromboniste professionnel obtient son diplôme de musicien intervenant à l’école au CFMI de Lyon en faisant entendre au jury une composition de musique contemporaine réalisée par des élèves de primaire sur un site internet. Quelques mois plus tard, une de ces compositions est retenue par le GRM pour être diffusée. Entre temps, il aura découvert cette discipline musicale auprès d’un compositeur dont une partie de l’activité consiste à être en résidence dans une quinzaine de collèges du département par l’intermédiaire du site laclasse.com. Pour mieux comprendre je vous propose de retourner dans le temps.
2001, tous les collèges bénéficient d’une connexion haut débit, le site leur fourni un espace numérique contributif, les usages sont multiples mais il est encore difficile d’envisager des projets de classe. Nous proposons à un compositeur et à 4 classes de travailler ensemble sur le réseau en visio. Grosses contraintes techniques, au final ce sont 2 point positifs qui nous font envisager de généraliser la résidence en ligne d’un compositeur : la visio a révélé le regard critique des élèves sur l’image projetée de leurs voisins, tout en aiguisant leur curiosité sur le travail « en réseau », et le musicien a pu intervenir en deux lieux, pratiquement comme en un.
2002, 2003, 2004, 12 collèges en moyenne travaillent avec un compositeur, le rencontrent, découvrent son esthétique, et parce qu’ils souhaitent collaborer avec lui, s’approprient les outils contributifs. Chaque année, dans le cadre de projets de classe, d’IDD, des collèges participent et 100% des participants actifs reconduisent l’expérience, voir la répercutent auprès de collègues d’autres matières. Pari gagné de l’intégration d’un ent dans les classes ?
Rendu possible par des facteurs difficiles à évaluer pour leur efficacité, mais sans lesquels d’autres projets sont plus timides : le charisme de l’intervenant, le soutien de l’IPR, le prêt de matériel… au niveau des profs, la campagne de communication compte peu, mais elle crée de la notoriété sur les projets suivants.
Un constat transversal et en perspective, à partir d’une telle animation autour de l’ENT, d’autres collèges s’associent à de nouveaux projets, en proposent eux même et les animent. Les partenaires précisent leur contribution, le pôle de proximité du CRDP prend en charge les formations et le conseil et relaie plus volontiers l’information, des fournisseurs de contenu envisagent un nouveau genre de collaboration, intégrant la dimension d’échange de savoir sur le réseau (service santé, environnement, lien avec des experts en marge des ressources), bref, le petit monde prend vie.
Yam



LE MAÎTRE ABSENT
L'astreinte et la règle
A la question posée où sont nos Maîtres ? Peut-on parler de manière significative de l'absence de Maître en occident ?
Est-ce la bonne question ? Quelle transmission cherchons-nous ? De quel engagement sagit-il ? Pour quelle initiation ?
Si l'on entend par Maître celui par qui se découvre un autre rapport au monde (init novae vitae) ; comment reconnaître celui ou celle qui nous permettra de parcourir cette Voie qui n'est ni analytique, ni philosophique, mais révélation.
Dans un premier temps la quête du Maître ne peut pas comporter de réponse ; cette quête se suffit elle-même dans ce qu'elle à d'innocence et de naïveté. L'astreinte en est par définition son couronnement. Elle en est aussi le moteur, le chemin ainsi que la consécration.
Point d'interrogation pour celui qui parcourt les voix de l'astreinte, il a en lui la disponibilité. Dans l'astreinte il y a recueillement, congrégation, abnégation, chemin de vie, réponse confuse et positive à toute contrainte. L'astreinte n'est ni contrainte, ni soumission elle est exigence sans concession et retour sur soi à l'aube de sa propre re-connaissance.
En brisant les chaînes et limites construites, élaborées par son environnement, son éducation, son ego, le futur initié développe ses capacités d'élaboration d'une pensée intrinsèque, source de renaissance.
Alors s'exprime de manière confuse un « qui suis-je auréolé » non de la grâce ou d'une grâce quelconque mais d'un Désir d'être, seulement.
A la question de l'être, il s'agit de se re-connaître et d'obtenir dans ce mouvement de retour sur soi une apothéose ou la fin du spectacle de sa propre existence.
La confrontation perpétuelle à l'astreinte (véritable maître intérieur) pose alors la question du Maître. Lorsque l'astreinte ne se suffit plus à elle-même, elle appelle directement à une rencontre avec le Maître.
Cette re-connaissance désigne le Maître au futur initié ; elle désigne aussi deux individus égaux et qui ont en commun la même astreinte.
Le glissement qui s'opère de l'astreinte à l'initiation provoque la confrontation de l'astreinte et de la règle maîtrisée par le Maître. Ce subtil déplacement de l'être qui va amené le futur initié sur des territoires à re-connaître (très rarement à découvrir) lève le voile de sa personnalité.
L'initié ou impétrant va alors traverser des années d'apparente confusion. L'astreinte confrontée à la règle le maintient toutefois sur son chemin de re-connaissance. Il se projette dans un univers ou il apprend à ses dépens que cette transmission n'est ni le fait du hasard, ni celui de la nécessité.
Cette transmission s'apparente à un fil d'Ariane que de siècle en siècle chacun doit re-découvrir pour mieux l'offrir à son tour à celui ou celle qui se re-connaîtra dans cette confrontation de l'astreinte et de la règle.
Mais quelle est donc cette règle ? Elle est universelle, sans concession, supérieure à l'astreinte ; elle oblige l'initié à reculer encore plus en avant dans une projection vers un soi oublié et pourtant si présent pendant toute la durée de l'astreinte. Il s'agit d'un mouvement volontaire qui amène à des degrés de présence au monde hors de toute action et de tout savoir.
L'omniprésence du Maître, toujours en silence, engendre parfois des dérives qui font partie de l'initiation. Point de quête non plus d'un maître idéal, point de quête d'un initiateur sans faille. La question ne doit pas être déplacée vers les qualités intrinsèques ou non de l'initiateur. Il doit avant tout et par-dessus tout incarner la règle. Sans faillir, il doit se conformer à une discipline qui ne peut que correspondre au degré d'astreinte de celui qui va sur ce chemin de l'initiation.
Après avoir traversé cette longue période de « dépaysement », pour une meilleure re- connaissance, de l'initiateur, de soi, des autres, de ce qui se joue au travers de l'initiateur, il va alors abandonner progressivement la voie de l'astreinte, pour se conformer à la règle. Sans commune mesure avec ce que l'initié a pu découvrir, la règle n'est ni un chemin de vie, ni une apocalypse (au sens de révélation).
Elle est synchronie, ordre du monde. Elle n'est ni imposée, ni subie. Elle incarne l'être dans ce qu'il a de plus élémentaire, son rapport au temps.
Cette incarnation d'un temps en apparence révolue, et d'un temps présent universel, ne peut amener qu'à une con-version (au sens religieux).
Il s'agit de tout le retournement de l'être dont il est question lorsque est abordée la question de la con-version. Du mouvement diffus (au sens de diffusion) de sa pensée, va naître une forme de tension, source joyeuse de plénitude et de créativité.
Au paradigme de l'initiation s'étend alors devant l'impétrant un nouveau champ de conscience dont il est porteur. Cette étape ultime l'amènera à désigner par lui-même, ce qu'il représente. C'est-à-dire des forces en action dont il est l'allié, le vecteur et l'initiateur. Alors, conceptuellement, physiquement, admirablement, il s'épanouira dans sa nouvelle tâche. Point de retour en arrière « ad repeto », mais une large perspective d'offrandes, d'achèvement et de perpétuation.
Le Maître aura jouer son rôle à la perfection, calculant les risques, indiquant à l'impétrant les abîmes où il aurait pu de se perdre. Évaluant avec lui son degré de soumission à la règle, le confrontant par des rappels successifs à cette même règle, voilà le rôle du Maître.
Exercice hautement délicat et qui suggère non seulement une foi absolue dans la créativité de l'impétrant, une foi absolue dans les mécanismes de con-version de l'âme humaine, et des choix sans cesse renouvelés vers la consécration, et la rédemption. Car c'est de cette espérance là dont il s'agit et non d'une suggestion d'une quelconque abstraction dans le pardon.
Qu'il le sache ou non le futur initié s'engage sur une voie dangereusement et classiquement inscrite dans l'histoire d'un temps éternel. Ici et maintenant, s'adapte alors dans son subconscient une nouvelle forme de subjectivité conduite par la perspective de cette nouvelle inscription dans le temps de sa propre histoire.
Il ne faut pas alors croire que tout est joué pour lui et qu'il n'a plus qu'à recueillir le fruit de sa « grâce » retrouvée ! Est exigé de lui une discipline, une rigueur qui fait que son « pardon » fait pâle figure par rapport à son nouvel engagement.
Il s'inscrit dans un temps absolu (et non relatif) où il ouvre pour lui-même et pour tous ceux qui vont l'approcher des voies d'interprétation et de déclinaison proche de l'exégèse.
Il s'approche ainsi d'un cercle fait de plénitude. Une plénitude qui ne se cherche, ni ne se mérite, elle est patente et non latente, résultat d'une confrontation extrême entre l'astreinte et la règle.
Le Maître a pour rôle de renvoyer l'être toujours plus avant dans la re-connaissance non de son moi, de son identité et de ses aspirations mais plutôt d'une inspiration plus profonde, plus subtile et conséquence de tout un vécu.
C'est cette rencontre entre l'astreinte de l'un et la règle de l'autre qui fait le caractère secret de l'initiation.
Si l'être ne s'efface pas devant sa propre quête, il n'atteint pas le degré d'astreinte suffisant pour être confronté à la règle. La tentation est alors claire de chercher dans un ailleurs ou espace/temps perpétuellement remis en question, un maître qui suggérerait une initiation. Il faut toutefois remarquer, qu'il s'agit seulement d'une suggestion. Puisque la confrontation entre l'astreinte et la règle souligne que l'espace-temps n'est ni compacte, ni amovible.
Les notions d'espace/temps modifiées par ces maîtres provoquent chez l'impétrant un écartèlement entre une intellectualisation de l'initiation et un recul devant son être intrinsèque.
L'absolu nécessité d'être, rappel constant de l'ego de l'impétrant voile aussi parfois le degré de la quête et l'ensevelit dans un fatras de savoirs redondants et non implicites. Confronté au mystère qu'il interroge sans cesse dans un combat totalement vain, l'impétrant s'aliène à ces faux maîtres dans un mouvement de recul face à l'immense tâche qui l'aurait attendu s'il avait bien voulu, d'abord et avant tout, se confronter à l'astreinte.
En interrogeant les mystères il suit des voies parallèles qui aboutissent à des formes de dévoilement de l'ordre de la suggestion et de la suggestion seulement.
C'est alors dans le rapport au temps qu'il faut chercher le secret de l'initiation. Car s'il y a transmission de l'être absolu, retour au noyau central, il n'y a pas d'hypothétique lendemain. Il y a soumission à des lois universelles que chaque religion interprète selon des codes sociaux, des lois philosophiques et que l'on pourrait nommer des états de l'âme, voire états des âmes.
L'initié incarne à son tour un mystère, celui de son rapport au temps et à l'infini ou samizdat. Il ne peut et ne veut traduire par un langage de dévoilement son nouveau rapport au monde ; il re-connaît les voies qui l'ont amené à cette modification temporelle et ex-temporelle de son être, dans sa totalité. Il n'a plus à explorer de nouveaux territoires dans une quête sans fin.
Au contraire de « l'assoiffé », il reçoit sa dîme, perçoit son temps, admet sa présence au monde dans un perpétuel accueil.
Tchi
Rédigé par: Binet | vendredi 16 mars 2007 at 11h33