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lundi 06 févr. 2006

ENT et travail personnel des élèves : « L’ENT c’est la mort du système de débrouille en ligne ! »

Incontestablement la mise en œuvre des TICE avec les élèves bénéficie d’un double préjugé favorable de leur part : le sentiment de bien maîtriser l’outil et donc le moyen de faire « vite-fait » le  travail attendu en le trouvant de préférence en ligne plus ou moins déjà réalisé. Mais derrière la facilité apparente, l’ENT ne dissimule-t-il pas un redoutable piège pour l’élève, u genre de ceux qui vous font travailler encore plus ?…

Ce sentiment de gain de productivité – que nous connaissons aussi comme enseignant… - conduit assez rapidement certains élèves à une impasse ou au moins à de sérieuses déconvenues : en début de seconde je demande souvent dans le cadre d’une recherche sur la Grèce de me trouver une photographie représentant le Parthénon d’Athènes. Une recherche dans les images de google conduit très vite certains élèves, sensibles à l’esthétique photographique, à me rendre un magnifique cliché plus vrai que nature : et pour cause, le Parthénon, comme neuf, mais de Nashville, et construit dans le cadre de l’exposition de 1897 ! Les élèves intègrent donc assez vite le fait que le « beau » n’est pas forcément le « juste » - surtout celui ou celle dont la production est visualisée lors de la synthèse en classe - , d’autant plus que le B2i a déjà du attirer leur attention sur ce point.

L’élaboration de fiches biographiques permet ensuite de poursuive dans cette voie en insistant sur les désillusions du copier-coller : l’enseignant peut aussi « contre-copier-coller » dans google ou autre pour identifier très vite la source « malencontreusement oubliée » dans la liste des références utilisées. La encore, la démonstration en classe porte généralement ses fruits et conduit les élèves à une appropriation ultérieure de meilleur aloi. Et je ne parle pas de la mutualisation entre élève... parfois poussée assez loin…

Dans cette même logique productiviste, la mise à disposition de ressources dans le cadre d’un environnement de travail est perçu comme un gain de temps pour les élèves : ils y retrouvent rapidement des documents égarés, un fond de carte à ré-imprimer pour finir un travail mal réalisé dans une premier temps ou le travail à faire pour la semaine suivante…. La demande des élèves est bien réelle en ce sens, comme en atteste les enquêtes menées auprès des classes de seconde en fin d’année dernière dans mon établissement.

La mise à disposition d’exercices interactifs de révision – du type de ceux que l’enseignant peut produire avec Hot Potatoes ou Netquiz par exemple – peut même rassurer. Cependant l’expérience montre assez rapidement que ceux qui utilisent ces exercices sont ceux qui font déjà le travail de révision sans recourir au TICE et que les autres, interrogés, évoquent une multiplication étonnante des difficultés de connexion au site ou de problèmes techniques sur les ordinateurs…

L’intégration dans les ENT du suivi de l’activité des élèves – permis au lycée par l’usage de moodle - (temps de visite sur un document, exercices réalisés, temps passé, erreurs…) jette l’effroi dans la classe – l’expérience est remarquable - : plus possible d’évoquer des difficultés de mémorisation lorsqu’on ne s’est pas frotté aux exercices de révision en ligne ; le document téléchargé et oublié à la maison n’a même plus cours… et que dire du tableau récapitulatif qui quantifie d’un seul coup d’œil le travail de chacun ?

S’il est intéressant pour l’enseignant de disposer de ces statistiques, et encore plus de lister les erreurs les plus couramment faites par les élèves dans le but d’y remédier, je ne suis pas sûr que la contrainte imposée avec une efficacité redoutable soit vraiment pédagogiquement payante sur le long terme, tout particulièrement au stade du lycée. Est-ce satisfaisant qu’un élève ne travaille que sous ce type de contrainte – d’ailleurs facilement contournable - ?

Au final, l’ENT serait alors perçu par l’élève comme une machine à faire travailler davantage – sentiment parfois partagé par l’enseignant lorsqu’on lui parle de cahier de texte en ligne… - .

Non, l’intérêt de l’ENT ne peut résider ici que dans la mesure où il apporte à l’élève le moyen de travailler mieux de façon autonome, c'est-à-dire pas forcément plus longtemps, mais certainement plus efficacement et avec plus d’intérêt. De ce point de vue la valeur ajoutée de l’ENT doit être envisagée sous l’angle d’un accès plus rapide à l’information pertinente, la mise à disposition d’outils d’autoévaluation et d’échanges avec camarades et enseignants, voire intervenants extérieurs, dans le cadre d’un approfondissement du travail souhaité et non imposé.

Autonomie et personnalisation pour une vraie appropriation de la démarche par l’élève, le cap à suivre tant sur le fond que sur la forme pour définir le contenu pédagogique des ENT ?

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