Elements de réflexions
Apprendre à distance : Utopie ou réalité
« J'entends et j'oublie. Je vois et je me souviens. Je fais et je comprends. »
Proverbe chinois
1. Qu’est ce qu’apprendre ?
En mode présentiel, l’objectif du formateur est qu’à la fin de son intervention les stagiaires soient capables de dire, de comprendre un certain nombre de choses bien identifiées. C’est ce que l’on nomme la pédagogie par objectifs. Objectifs pédagogiques clairement exprimés, des contenus bien définis, des méthodes pédagogiques éprouvées et approuvées par la structure, des méthodes d’évaluation permettant de vérifier que le résultat attendu est atteint.
Avant d’aller plus loin et de confronter ces approches aux pratiques induites par les technologies actuelles, il n’est pas inutile de rappeler les sources de cette vision de l’apprentissage. Car, comment se demander si le E-Learning permet d’apprendre, tant que nous ne sommes pas au clair sur ce que signifie « apprendre ».
Pour Piaget, on peut parler d’apprentissage quand un individu en
vient à modifier quelque chose de ses schémas mentaux, quand il a
reconstruit en partie ses références cognitives, bref quand il a fait
bouger ses points de repères. Piaget distingue deux processus centraux
dans le développement de l’intelligence : l’assimilation et
l’accommodation. L’assimilation permet d’enrichir les structures
mentales existantes, de se saisir des informations de l’environnement
pour compléter et affiner un schéma mental sur un sujet quelconque.
En
revanche, l’accommodation est utilisée quand le schéma en question ne
parvient plus à saisir l’information nouvelle parce que celle-ci
perturbe le cadre qui avait été construit. Il faut alors reconsidérer
l’ensemble et se reconstruire une autre vision sur le sujet étudié.
L’enfant passe son temps à assimiler et à accommoder. C’est même pour Piaget, le mécanisme central qui lui permet de se développer. Cet exercice de construction et de déconstruction est au cœur de la maturation. Ce sont ces processus qui font que progressivement, l’enfant parvient à saisir et à interpréter l’univers dans lequel il se situe.
Si l’on suit cette analyse, le métier de la formation pour adulte consiste entre autre à trouver les moyens de provoquer l’accommodation. Cela signifie du même coup, qu’il faut trouver les moyens de rendre l’assimilation insuffisante. Former des adultes, c’est bien souvent proposer des situations pédagogiques qui amènent les apprenants à accommoder et donc à changer leurs façons de voir ou de faire.
2. La formation à distance permet-elle de faciliter ce processus d’accommodation ?
Le contact entre l’apprenant et le formateur n’est plus physique, il faut accepter si elle existe la médiation avec une caméra, le temps n’est plus direct, les communications sont asynchrones. Entre le moment où l’apprenant pose une question sur un forum et le moment ou il a une réponse, son état d’esprit a pu complètement changer. Le formateur n’a que peu de moyens de percevoir les résistances, l’envie d’apprendre, il intervient donc de manière généraliste dans son contenu et non individualisé dans ses relations avec les stagiaires.
La formation à distance a des faiblesses qui tiennent à l’éloignement du stagiaire et donc à un sentiment de solitude.« On apprend toujours seul mais jamais sans les autres », peut-on dire que les forums peuvent remplacer la dynamique de groupe ?
Les forums ont du mal à fonctionner de manière efficace, car un certain nombre de critères doivent être réuni pour en assurer le succès ou du moins en optimiser les échanges.
- Le forum doit être préparé, ses objectifs et ses modes de fonctionnement doivent être explicités au groupe de façon présentielle.
- Le forum doit être animé de façon permanente par un tuteur, dont c’est le métier. Il s’agit d’une pratique nouvelle, trop souvent négligée.
- Le forum ne doit pas être le seul lieu de cohésion du groupe, il faut aussi d’autres complémentarités telles que les chats, les tableaux blancs, les projets de groupe à distance et aussi des regroupements.
3. Le E-learning peut-il convenir à toutes les personnes ?
Certains discours promotionnels laisseraient supposer que tout le monde peut apprendre à distance. Peut-être, mais alors tous les formés doivent être « construit » sur le même schéma. Le discours semble être purement démagogue ou alors obligé par une logique commerciale. Qui peut préjuger que l’apprenant sait être autonome, que sa motivation est sans limite, que son organisation est rigoureuse. Sera-t’il capable de progresser de palier en palier et d’atteindre un objectif qu’il ne maîtrise pas de prime abord ?
En fait l’autonomie est contre-balancée par d’autres aspects dont il faut tenir compte :
- Le goût d’apprendre ;
- La perception de soi en tant qu’apprenant efficace ;
- L’acceptation du risque et de l’échec ;
- La créativité ;
- La prise de conscience que l’éducation est bénéfique et permanente ;
- L’initiative dans l’apprentissage ;
- L’acceptation de sa responsabilité dans l’apprentissage ;
- L’endurance et la patience ;
Cette liste loin d’être exhaustive montre l’étendue des pré-requis attendus pour faire du E-learning une méthode d’apprentissage « universelle » et facile….
Le E-learning seul, n’est pas et ne doit pas être une méthode universelle d’apprentissage. Les contenus pour être diffusés électroniquement doivent être plus attrayant et captivant, on va assister à un appauvrissement du cours au profit de schémas, de synthèses, de résumés. Le formé va perdre toute la partie verbale par laquelle l’enseignant au gré des questions qui lui étaient posées apportait une réflexion pertinente ou personnelle. Cette verbalisation du cours l’éclaire de façon inimitable électroniquement
Comme le souligne Jacquinot ( Dans Meunier, 1997)
« Il ne suffit
pas d’accéder à des informations pour se former et apprendre. Il faut
donner une part active à l’apprenant dans son apprentissage. »
Cependant, si on relève le défi sous l’angle pédagogique, en s’en
donnant les moyens la formation à distance peut être efficace. Il faut
l’insérer dans un processus formatif bien défini et structuré, car elle
apporte un gain de temps et d’autonomie novatrice à approfondir. Elle
oblige à repenser les répartitions des temps de formation et doit
permettre de renforcer l’impact des regroupements qui sont impératifs.
Le
E-Learning obligera à repenser en profondeur les contenus, à les
retravailler ou les formaliser de façons différentes. C’est un champ
exploratoire qui peut emmener beaucoup de satisfaction au formateur qui
s’y plongera. A contrario, un formateur obligé à intervenir en
formation distancielle sans avoir repensé ses cours sera brutalement
confronté à la non-adaptation de ses cours et ensuite à l’échec de sa
pédagogie, le risque de traumatisme est grand.
4. Différents modèles de formation à distance.
On peut distinguer plusieurs types de formations à distance :
- Le tout à distance ;
- Le tout à distance tutoré ;
- Le mixte « Distance / présentiel » avec autoformation à distance
1. Le tout à distance
Le stagiaire n’a aucun contact avec l’organisme, il s’inscrit à distance, paye à distance et apprends en autonomie totale à distance.
Les sessions de cours doivent être réduites, les évaluations fréquentes sous formes de QCM ou d’exercices autocorrectifs. Les contenus facilement transférables sont la bureautique, la comptabilité, les généralités informatiques et certains logiciels ne réclamant pas une trop grande professionnalisation.
2. Le tout à distance tutoré.
C’est une des tendances mise en œuvre actuellement, le tutorat compensant les lacunes du tout à distance. Les modes de tutorat sont extrêmement variés et donnent lieu à des dispositifs techniques et pédagogiques de natures différentes. Le point commun de ces formations tient au fait qu’il n’y a pas de présentiel mais que les stagiaires sont néanmoins suivis individuellement.
Le tutorat s’effectue de façon synchrone :
- Session individuelle avec visioconférence ;
- Classe virtuelle ;
- Les chats animés.
Ou de façon asynchrone :
- Par mail ;
- Par forum animé ;
- Par forum non animé ;
- Par téléphone.
Il est évident que ces modalités peuvent se combiner entre elles. Elles présentent chacune une part d’intérêt pédagogique qu’il faut savoir mixer pour en tirer un bénéfice de formation optimal.
3. Le mixte « Distance / présentiel » avec autoformation à distance.
Dans ce type de dispositif, on considère que le travail de formation se fait à distance. Les regroupements se font sur un rythme qui peut varier d’un dispositif à l’autre. On rencontre généralement ce schéma :
- Le démarrage de la formation se fait de manière physique, ce qui permet de constituer le groupe, aux participants de se repérer l’un l’autre et ainsi commencer à créer des liens. L’intérêt est aussi de permettre la mise à niveau technologique des formés.
- La suite de la formation se fait ensuite à distance. Chacun est suivi plus ou moins individuellement, on utilise tous les outils ( mail, forum, visio…) pour échanger et communiquer dans le sens formateur/stagiaire mais aussi stagiaire/stagiaire.
- Des rencontres en présentiel peuvent ponctuer et clôturer cette formation, pour vérifier en direct que les apprentissages sont opératoires
5. Quelle est la place du formateur dans ce dispositif ?
1. Nouveau formateur ou nouveau métier ?
Le rôle de l’enseignant est non plus de transmettre des informations, ou de répéter sans cesse la même explication. Mais plutôt d’aider, de guider, de faciliter (d’où le terme de facilitateur) et de permettre à l’apprenant de se construire.
Le terme même de formateur doit disparaître au profit de Tuteur donc, qui dit changement de dénomination dit changement de métier. Une des compétences à relever concerne l’ingénierie, construire de la formation en ligne est un nouveau métier à part entière. Des questions nouvelles vont apparaître :
- Quel cours mettre à distance ?
- Pourquoi ne pas le mettre ?
- Comment le mettre ?
- Sous quelle forme ?
- Avec quel accompagnement ?
- Quelle évaluation ?
- Quel sont les moments judicieux aux regroupements ?
Une autre des compétences attendues est la parfaite maîtrise des outils dédiés à l’édition sur Internet. Je citerais :
- Les outils de création de pages HTML statiques ou dynamiques,
- Les outils de mise en ligne ( Ftp ),
- La lecture et l’écriture de mail, qui entraîne l’accoutumance à de nouvelles habitudes rédactionnelles ( phrase concise, abréviation, « désaccentuation », smiley….),
- La navigation sur un fil de forum,
- La création de vidéo pour complémenter un cours,
- Lancer une visio conférence….
Les questions sont nombreuses et il faut être rigoureux pour ne pas
avoir envie de les traiter en calquant simplement des anciens schémas
pour les résoudre.
Il faut donc créer une logique d’apprentissage qui englobe toutes les avancées technologiques, et pédagogiques.
Intégrer, penser « système », travailler à plusieurs, échanger des supports, la maîtrise des technologies Internet de base, la connaissance des outils graphiques et bureautiques, tout cela semble être un résumé des compétences spécifiques attendues d’un concepteur de contenu en ligne ou d’un Tuteur.
Cela va sembler effrayant à un grand nombre de formateur, d’où l’impérieuse nécessité de travailler à plusieurs.
Un formateur seul n’arrivera pas maîtriser cette chaîne de manière optimale. S’il ne peut plus travailler seul, d’autres problèmes vont émerger. Le plus important est le risque possible de manque de coordination. Un des formateurs de l’équipe devra endosser cette responsabilité. De formateur il deviendra coordinateur et glissera sur l’ingénierie de formation.
Cette fonction de coordination recouvre plusieurs aspects :
- Le souci de rendre plus efficace la formation proposée en la rendant plus homogène.
- L’accroissement des compétences de l’équipe pédagogique.
- La nécessité de rendre lisible la formation en concevant un référentiel des formations clair.
Rendre lisible la formation est une des conditions de son acceptation. Cette lisibilité peut être assurée par plusieurs moyens : catalogue, journée d’information, contrat pédagogique définissant les objectifs…C’est aussi au fil de la conduite des formations que sa lisibilité apparaîtra pour les apprenants :
1. référence aux objectifs de la formation et perception des acquis obtenus,
2. acquisition progressive de compétences d’apprentissage nouvelles,
3. Perception des temps et efforts réels engagés pour les apprentissages.
4 La médiation et la résolution des conflits.
5 La
nécessité d’assurer la continuité des interventions et de compléter ou
ré-actualiser les travaux réalisés par chaque intervenant dans sa
spécialité.
2. L’évaluation à distance
L’évaluation à distance est souvent négligée ou du moins traitée de façon légère car automatisée par des qcm. Ceux–ci sont de plus en plus souvent générés automatiquement par les plates-formes qui en fonction des intitulés de chapitres et de sous-chapitres et de la structure des contenus « fabriquent » des questionnaires aux formes variées.
En fait ces qcm permettent de vérifier que les contenus ont été vus et mémorisés. En revanche, on est loin de pouvoir valider le fait qu’il y ait eu compréhension. En d’autres termes, si les contenus traités sont de l’ordre de la procédure, du savoir-faire applicatif, de l’entraînement, les qcm peuvent paraître indiqués pour valider que l’apprentissage a eu lieu. En revanches si le contenu vise à la compréhension d’un mécanisme complexe, à l’acquisition de capacités d’analyses ou de conceptions, à l’intégration de notions théoriques, alors là le qcm est insuffisant.
Il faut garder à l’esprit que l’évaluation est une façon d’apprendre, elle doit être formative et faire partie du processus d’apprentissage. Cela doit permettre à l’apprenant de tester ses propres capacités et démontrer son autonomie face aux problèmes à résoudre. C’est un moment de prise de confiance en soi et d’autonomie face à l’apprentissage. En ce sens, elle favorise l’ancrage et l’appropriation de la formation. En effet, le fait de savoir que l’on sait et de prendre conscience de l’apprentissage qui s’opère est déterminant pour permettre l’appropriation. C’est la méta-cognition que l’on peut associer à une sorte de « déclic » sur le fait qu’une action formative s’est faite avant et après l’apprentissage. Le système d’évaluation devrait devenir le système de pilotage de l’ensemble de la formation d’une personne.



Apprendre demande un état et un comportement de vouloir s'approprier les savoirs, pour cela il est nécessaire de s'ouvrir, d'écouter, d'entendre et alors seulement de comprendre.
Si ce n'est pas le cas, l'esprit de curiosité du récepteur doit intervenir, mais à savoir si celui-ci a été informé de ses possibilités de recherche ?
A vérifier auprès de l'émetteur de la connaissance à acquérir.
Rédigé par: COLLINET Marie-Jeanne | mercredi 16 nov. 2005 at 18h52